29 January 2014

Tour d’horizon rapide de l’état des restitutions en Europe et aux Amériques

Stuart Eizenstat
Source: Wikipedia
Canada :

Une commission d’études vient d’être mise en place, dirigée par Janet Brooke, pour recenser les problèmes de provenance dans six musées canadiens. L’étude en question durera deux ans.

Etats-Unis :

L’idée d’une commission sur les spoliations de biens culturels et artistiques n’a pas fait long feu. Lancée en 2009 par l’Ambassadeur Stuart Eizenstat à la conférence internationale de Prague sur les biens spoliés, le concept d’une commission américaine aura produit une demi-douzaine de réunions au Département d’Etat et c’est tout. Ces discussions n’ont produit que deux résultats:

1/ le gouvernement américain mène une action passive vis-à-vis des restitutions de biens culturels et se contente de ressasser son adhésion aux principes de Washington ;

2/ la préoccupation majeure tant pour les musées que pour les requérants et les chercheurs, c’est la qualité de la recherche sur la spoliation du bien revendiqué. Cette recherche doit être motivée par un seul souci : celui de dire toute la vérité, et de s’attacher dans la mesure du possible à la véracité des faits qui décrivent l’historique de l’objet revendiqué quel qu’en soit les conséquences pour le requérant et le possesseur actuel. Si on applique cette norme à l’ensemble des objets au passé douteux, on vivrait dans un autre monde, mais hélas !

Même si l’Ambassadeur Stuart Eizenstat s’obstine à créer une commission sur les biens culturels spoliés, cela ne changera rien pour les requérants, les musées et les chercheurs le savent et demandent au gouvernement américain de subventionner un effort de recherches dans les musées américains y compris les fonds du Smithsonian et de ses 18 musées. Entretemps, les associations de directeurs de musées tentent de faire passer un projet de loi visant à immuniser tout objet d’art venant de l’étranger aux fins d’être exposé dans un musée américain. Le but de cette loi est de réduire à néant la seule juridiction au monde où un propriétaire lésé de son bien peut introduire une demande de restitution auprès d’un tribunal américain. La première tentative a échoué en décembre dernier. On attend la nouvelle version de ce projet de loi avec impatience pour le faire échouer une seconde fois.

Irlande :

Le Hunt Museum se comporte très mal car il a nié que son fondateur, M. Hunt, avait acquis des objets spoliés en Allemagne nazie et en Autriche post-Anschluss. Ce sont des chercheurs britanniques travaillant pour les musées britanniques qui ont découvert le pot aux roses. On attend donc que la recherche soit relancée.

Royaume-Uni :

Une commission de spoliation continue ses travaux, les collections des musées de la grande île, excepté ceux d’Irlande du Nord, ont été examinés il y a plus de dix ans et les résultats de ces enquêtes sont disponibles sur l’Internet. L’exemple britannique devrait servir de modèle par sa rigueur et surtout par sa démarche pédagogique qui consiste à poser des questions sur les lacunes dans l’historique de certains objets, une approche raisonnable qui permet au lecteur de la provenance de l’objet en question de participer à un dialogue sur son historique quitte à contribuer des éléments nouveaux s’il y a lieu. Néanmoins, de grandes zones d’ombres perdurent dans maintes collections britanniques vu les liens intimes entre les marchands du Royaume Uni et leurs collègues et les habitudes anti-démocratiques de certains milieux qui n’hésiteraient sans doute pas à acquérir des objets sans se poser trop de questions. Mais là aussi, cette tendance est universelle.

Espagne :

Depuis la fin de la Guerre civile, l’Espagne se distingue par son double rôle de plaque tournante entre l’Europe et l’Amérique latine d’une part, et de recycleuse des fruits du pillage franquiste et des alliés de Franco au nord des Pyrénées et sur l’autre rive de la Mare Nostrum. Dernièrement, le gouvernement espagnol a soutenu le refus du Musée Thyssen-Bornemisza de rendre un tableau de Pissarro à l’héritier de la famille Cassirer. Malheureusement pour l’Espagne, une instance supérieure en Californie a décidé que le requérant pouvait instruire sa plainte devant un tribunal américain ce qui bouleversa la donne et obligea le musée Thyssen de restituer le tableau. Une énorme victoire facilitée par l’avocat du Seattle Art Museum, M. Dunwoody.

Italie :

L’épouvantail de l’Europe, l’ingrat des restitutions qui adore récupérer ses antiquités mais refuse strictement, presque par principe, de rendre quoique ce soit même à des victimes de la Shoah. Il faudra exercer de réelles pressions sur l’Italie pour qu’elle commence à se comporter comme un pays civilisé qui respecte le patrimoine des autres.

Belgique :

Depuis la semaine dernière, la Belgique se rebiffe. Une série d’articles dans la presse flamande signés par Geert Sels proclame tout haut la présence de tableaux « nazis » dans les musées belges ainsi que des tableaux pillés en Belgique dans des musées américains, allemands, et hollandais. De quoi raviver la sauce spoliatrice dans un pays qui, jusqu’à présent, restait totalement indifférent à la question des restitutions et était connu pour avoir fait obstacle à nombre de demandes de la part de victimes de spoliations en France occupée facilités par des marchands et des collectionneurs d’origine belge . Eh oui ! la navette franco-belge est tristement connue de ceux qui mènent des enquêtes sur les réseaux de recyclage d’objets spoliés tant en Belgique qu’en France et en Hollande. Un trafic nord-sud qui continue d’ailleurs, grâce à l’Union européenne.

Hollande :

Sa commission de restitution continue de fonctionner, quoique les taux de restitution s’amoindrissent d’année en année. La Hollande n’est pas en manque d’objets spoliés, elle perd de plus en plus sa volonté de rupture avec le passé en raison des pressions énormes que font peser les musées néerlandais sur la commission.

Les pays scandinaves demeurent une zone inexplorée. Certains dossiers de restitution ont fait la une de la presse internationale récemment concernant une Odalisque de Matisse volée au marchand Paul Rosenberg et qui se trouve actuellement dans une collection à Oslo. La Norvège fut un des pays les plus efficaces dans l’après-guerre et rendit une justice exemplaire et brutale contre ses concitoyens qui préfèrent Quisling à la démocratie. Sur le plan des spoliations il s’agit plutôt d’ignorance et de déni face aux pertes encourues par le musée national d’Oslo dont la requête fut déboutée de manière sèche par vos «héros, les Monuments Men. A l’évidence, un pays aussi éloigné qui ne produisit pas d’artistes comme Veronese et Boucher ne comptait pas beaucoup pour nos spécialistes culturels sortant du Met ou du Musée des beaux-arts de Boston. Quel dommage !

Le Danemark se réveille grâce à un chercheur danois qui remet en cause la présence de tableaux soi-disant dégénérés dans des collections d’Etat à Copenhague. Affaire à suivre. En effet, les maisons de vente de la capitale danoise méritent un coup d’œil plus curieux sur leurs activités pendant la période d’occupation allemande. Souvenez-vous que le frère du Dr. Best qui sévit à Paris pendant la guerre est le chef de la force d’occupation allemande au Danemark.

Allemagne :

La commission Limbach patauge dans sa propre sauce bureaucratique et ne fait pratiquement rien. De temps en temps, elle se distingue par un verdict positif, voir l’affaire des 3000 affiches de M. Sachs, tantôt elle flanche et déboute les requérants pour des raisons un peu obscures… Entretemps, l’Affaire Gurlitt domine les médias et occupe une place de plus en plus importante dans le geist du public allemand. Face à une chancellerie hésitante qui abuse du statut fédéral de l’Allemagne pour renvoyer la balle à la Bavière sur l’issue d’une affaire qui va bien au-delà d’une simple question d’escroquerie ou de négligence eu égard au fisc allemand, mais remet en question le flou historique entretenu par les universitaires et les fonctionnaires allemands sur le rôle des marchands, des directeurs et des conservateurs de musée dans la spoliation de ses propres citoyens et du recyclage à outrance de leurs biens d’un musée à l’autre et d’une galerie à l’autre, en toute impunité. La guerre froide et le laxisme prononcé des Monuments Men avec leurs homologues allemands n’ont fait que perpétuer la fausse image d’un milieu artistique et muséal qui fut obligé de faire plaisir aux dignitaires nazis mais qui, dans le fond, n’avait d’autres sentiments que de sauvegarder le patrimoine du pays. Un raisonnement que l’on retrouve outre-Rhin pour se disculper de toute menée collaboratrice pendant la guerre. C’est dommage mais c’est comme ça. La question qui se pose maintenant : jusqu’où ira la commission Gurlitt dans ses travaux de recherches ? osera-t-elle aller jusqu’au bout ? la France l’aidera-telle jusqu’au bout vu que Hildebrand Gurlitt a fait la plupart de ses emplettes sur le marché de Paris sous la botte nazie. Rien ne sert de faire l’autruche… Donc, l’Allemagne a besoin d’aide alors que M. Lauder tonitrue aujourd’hui et réclame la création d’une commission internationale pour faire la lumière sur les collections allemandes. Espérons qu’il ne réclame pas la même chose pour la France. Quelle horreur !

Autriche :

Le seul pays qui ait passé une loi sur la restitution, et ce après avoir survécu le traumatisme qu’elle a subi lors de la saisie de deux tableaux d’Egon Schiele au musée d’art moderne de New York en janvier 1998. Il aura donc fallu l’ingérence des forces de police dans le temple de l’art moderne à New York pour provoquer un débat sur la restitution en Autriche. Du jamais vu puisque c’est le seul cas d’une saisie aussi spectaculaire qui ne s’est pas répétée. Entretemps, suite au passage de la loi sur les restitutions, l’Autriche a rendu plus de 20000 biens, y compris des livres et des objets d’art décoratif. Mais c’est le principe qui compte. Autrement dit l’Autriche n’est plus réactive comme le sont, par contre, le reste des pays d’Europe. Ils ne feront rien sans se faire agresser par la plainte d’un requérant ou une question posée par un parlementaire aguerri.

Suisse :

Un peu plus civilisée que l’Italie, la Suisse ne rend que très peu de choses spoliées. Sa neutralité lui a bien servi, le fait que le droit cantonal impose sa volonté presque médiévale sur l’Etat fédéral en dit long sur la capacité de la Suisse à jouer un rôle positif en matière de restitutions. Ceci dit, il faut reconnaître l’activisme de certains membres du barreau helvétique et de certains universitaires soutenus par des fonctionnaires disposés à faire le bien lorsqu’il s’agit de redresser les torts provoqués par un Etat qui se complaisait dans une neutralité factice et qui se cache derrière un pouvoir judiciaire qui ne reconnaît aucunement le caractère spécial d’un vol commis dans le cadre d’une entreprise génocidaire. Une situation pas vraiment particulière à la Suisse, car on retrouve un même état d’esprit tant en France que dans d’autres pays européens et même en Amérique, Nord et Sud confondus.

Ex-Yougoslavie :

Le démantèlement de la Yougoslavie au lendemain de la disparition de Tito, la guerre civile déclenchée par les revanchards nationalistes serbes, n’ont fait que compliquer une situation déjà ténue concernant les pillages des communautés juives et autres aux mains des Ustashis, des Bosniaques pronazis et autres collaborateurs des Allemands. Ceci dit, on note un mouvement de conciliation et de coopération en Croatie, en Slovénie, en Macédoine et en Bosnie, pour documenter et répertorier les pertes subies par les communautés juives et autres groupes persécutés. Les Croates, en particulier, font montre d’un renouveau d’enthousiasme à rendre accessible toute la documentation sur la période oustashi et les conséquences de leurs crimes dans l’après-guerre. Peut-être que là aussi, la communauté internationale pourrait relever le défi et s’asseoir à table avec nos amis croates pour voir comment faire avancer le calendrier des restitutions. Pour infos, l’Italie est la cible privilégiée de la Croatie.

Roumanie :

Mis à part la création de mémoriaux et de centres d’études sur la Shoah, la Roumanie en est au point mort quand il s’agit de restituer à une communauté juive qui s’est exilé depuis longtemps. Les régimes communistes et post-communistes se ressemblent sur cette question. La question ne se pose même pas dans un pays où les rangs du parti communiste roumain se sont emplis d’anciens légionnaires antisémites et ultra-nationalistes. Plus on s’oppose, plus on se ressemble.

Bulgarie :

Le roi Boris III aura empêché la communauté juive d’être décimée dans les camps d’extermination nazis. Mais il ne s’est pas gêné pour les spolier en bonne et due forme. La Bulgarie fasciste a créé un Commissariat général aux questions juives tout comme le CGQJ de Vichy, de véritables émules. Et comme par hasard, au lieu de crucifier ses dirigeants dans l’après-guerre, ils ont trouvé leurs meilleurs témoins à charge parmi ceux-là même que le commissariat avait spolié. Vous savez, ça n’avait rien à voir avec vous. On a fait notre boulot, c’est tout. Eh oui ! C’est toujours la faute à quelqu’un d’autre.

Hongrie :

La tournure actuelle des événements en Hongrie avec un gouvernement plutôt séduite par l’irrédentisme de feu l’Amiral Horthy et l’antisémitisme vulgaire de Salaszy. Le grand dossier du jour, l’affaire Herzog, perturbe la Hongrie, tant mieux. Mais qu’en est-il des milliers d’objets qui n’ont toujours pas été restitués ?

Russie :
C’est l’abîme lorsqu’il s’agit de faire le clair-obscur sur ce que contiennent les réserves de feu l’Union soviétique. Des anecdotes récentes portent à croire que de nombreux objets rapatriés par l’Armée rouge continuent de languir dans leurs caisses originales stockées dans des sous-sols de musées, des monastères, des officines à travers le pays. Ici comme ailleurs, on se doit de mettre un terme à ce problème qui nous hante depuis des décennies : que faut-il faire au juste pour battre en brèche la forteresse russe sur ses trophées, qui appartiennent à des particuliers et des organismes éparses qui se trouvaient par malheur sur le chemin de l’armée rouge? 

On compte parmi ces objets un nombre inconnu de collections pillées en Europe occidentale et stockés par les Allemands dans les provinces orientales du Reich, en Silésie et dans des châteaux en Moravie, en Prusse orientale et d’autres contrées exotiques… là aussi, la France a raté le coche et s’est contenté de ne plus rien dire quant à la destinée des collections qu’elle savait se trouver en Allemagne de l’Est, en Pologne, en Tchécoslovaquie, et en Union soviétique. Quel dommage !

Ukraine :

Nous sommes en proie ici au syndrome de l’ex-Union soviétique, des trophées de guerre que l’on ne rend pas. Sauf qu’un musée de Kiev qui se spécialise dans les œuvres d’art provenant de l’ouest de l’Odra s’intéresse à plusieurs tableaux pillés par les Allemands qui ont fait surface à Londres et à New York. Pourront-ils les récupérer vu l’état actuel du pays ? En tout cas, les autorités britanniques et américaines ont été contactées.

Finlande :

Rien à déclarer sinon qu’une petite équipe de chercheurs finlandais a retrouvé des renseignements sur une famille qui s’était fait spolier en France et dont on avait perdu la trace. Leurs recherches ont permis d’identifier les ayants-droits ce qui devrait permettre au gouvernement français de faire le nécessaire pour faciliter la restitution de leurs objets, de la porcelaine de très haute qualité.

Ce que j'aurais voulu dire aujourd'hui mais n'en ai pas la force

Plaque Rose VALLAND
Source: MNR
Le crime contre l’humanité est imprescriptible. Le pillage qui l’accompagne est également imprescriptible. Et c’est peut-être pour cela que les gouvernements de tous les pays concernés directement ou indirectement par la deuxième guerre mondiale et la Shoah ont vite fait de passer des lois visant à exonérer un maximum de personnes, de parties tierces. Une épuration en bonne et due forme du marché de l’art a ainsi été évitée de justesse, au grand dam des victimes. Au fond, ces lois sont immorales et constituent un outrage à la société civile. La realpolitik de l’après-1945 exigeait que les crimes d’hier soient ensevelis et oubliés au nom de l’unité de la nation. Comment peut-on unifier une nation sur les cadavres de ses propres victimes ? Là, vous avez demandé l’impossible, en demandant à la victime d’accepter son tortionnaire, le brigand qui l’a dépouillé de ses biens et l’opportuniste qui a fait fortune en les recyclant. Comme on dit en anglais, « nothing personal. It’s only business. » Dans quel monde vivons-nous donc, un monde qui encourage ces compromis, ce déni du passé, quitte à l’effacer, le réécrire pour produire une version plus douce de l’Histoire. Une version douce du génocide, une version douce du pillage et de la spoliation. Nous vous spolions avec tous nos remerciements, merci d’avance. Veuillez donc vous adresser au bureau un tel si vous avez des questions concernant le prélèvement de vos biens, occasionnés par votre malencontreux statut de juif.

Désolé, c’est la loi. On ne peut rien y faire.

Par contre, vos tableaux, votre mobilier, vos objets d’art sont d’une singulière qualitè qui intéressera sans aucun doute l’administration de nos musées. En cela, vous aidez à enrichir le patrimoine culturel de l’Etat. Soyez-en fiers, relevez donc la tête. Vous n’êtes pas une victime. Ces biens appartiennent à l’Etat dont nous sommes les garants.

Ce discours, quoiqu’hypothétique, reflète un aspect de la réalité historique : l’Etat s’arroge le droit de ne rien rendre au propriétaire lésé, surtout si l’objet spolié en lui-même plaît aux représentants culturels de l’Etat, ceux qui font les choix pour les collections.

Mais cela ne nous empêche pas de dire la vérité et d’exposer au grand jour la réalité des crimes commis contre ceux qui ne sont pas ici pour articuler leurs griefs.

C’est vrai que l’homme est cruel, que nous pouvons être cruels les uns envers les autres. L’Etat se rend cruel envers les spoliés en faisant montre d’indifférence et même d’hostilité à leur égard, et pourquoi ? parce qu’ils ont l’audace de réclamer leur bien qui languit dans ses réserves, ou pire encore, qui décore les murs de ses salles d’exposition ?

C’est de cela qu’il s’agit ici, le reste n’est qu’une farce. Pourquoi sommes-nous ici en train de débattre ce qui aurait dū être fait il y a des décennies ? pourquoi ces MNR ? la question aurait dû être réglée dans les années cinquante. Si vous les aviez tous vendus, il s’agirait d’une autre discussion. Mais non, ils vous plaisaient trop, ces tableaux, ces dessins, ces aquarelles, ces charmantes tasses, ces ivoires, ces pendants de luxe. Il fallait absolument que l’Etat les « protège » si possible ad perpetuitam. Espérons que personne ne vienne les réclamer, sinon on risque de les perdre. Donc, nous sommes ici parce que nos ancêtres en 1945 ont succombé au vice de l’avarice ? l’idée de posséder ce qui ne vous appartient pas vous donne tant de plaisir, tant de pouvoir ? En ce sens, la France ne fait pas un cas d’exception car tous les pays ont le même comportement, surtout ceux-là où l’Etat joue un rôle culturel important comme gérant et propriétaire d’œuvres et d’objets d’art et de biens culturels pour la Nation. Aux Etats-Unis, ce sont les musées privés qui jouent le rôle de Dieu comme garants et propriétaires de la Culture avec un K.

Je suis ici pour voir si vous êtes courageux. Si vous avez le courage de tourner la page et d’adopter un comportement plus éthique concernant la destinée des objets qui ne vous appartiennent pas mais qui demeurent toujours dans vos collections, et ce depuis plus de 70 ans. Avez-vous le for intérieur pour mettre fin à ce qui constitue en fait un deuxième larcin ? Vous savez bien que nous sommes sur cette terre pour un bref moment, et qu’à notre mort, il incombera à la génération suivante de vous poser les mêmes questions et de vous rappeler que vous êtes complice d’un crime contre l’humanité lorsque vous vous obstinez à ne pas restituer les objets qui sont dans vos sous-sols, vos entrepots, vos salles d’exposition, vos bureaux, vos chateaux et demeures, et qui ne vous appartiennent pas. Justice sera rendue lorsque vous accomplirez cette mission. Entretemps, mes enfants et mes petits-enfants viendront vous rappeler gentiment de vos responsabilités.

21 January 2014

The challenges of making a historically accurate film about WWII

What does it take to make an entertaining, vibrant, thrilling, moving, suspenseful film about one or more aspects of the Second World War and not betray History?

Does it take unusual talent, a sense of vision unparalleled in the annals of filmmaking, a massive budget that would bankrupt Hollywood because, you know, truth HURTS?

Let’s take a quick run-through and see what we can dig up.

Rome, Open City
Source: BFI
There are literally hundreds of films, in black and white, sepia, and all sorts of color starting with Technicolor, which have riveted us since even before the ink dried on the Nazi surrender to Allied forces in May 1945.(Rome, Open City, by Roberto Rossellini, is one of those rare gems of a film, shot during and after the Liberation of the Eternal City…)

In fact, one could actually teach an entire course on the Second World War just by using film—it’s been done many time actually—without sacrificing the truth. Perhaps, the following list can serve as a core curriculum:

Mr. Klein (1976), by Joseph Losey, starring Alain Delon. One of the few French films that actually addresses the ethical and moral problematic of being an art dealer in wartime Paris and dealing with Jewish identity or not. Riveting? Yes. Well written? Yes. Acting? Splendid, especially from Alain Delon, who delivered one of his best career performances. Stark? Yes. All in all, it made the point powerfully and left us with some acrid back taste in our mouths.

The Black Book (2006), by Paul Verhoeven, starring Carice van Houten. A troubling
Black Book
Source: allaboutwarmovies
Dutch film about the Resistance, sex, and the boundary lines between love and hate, or what’s it like to fall in love with the chief SD officer in town, while running errands for the Dutch Resistance? Again, moral ambiguity, the savagery and cruelty of war and occupation where most tenets of “civilized behavior” go out the window and the people whom you thought were your friends turn out to be the worst kind of traitors and opportunists.

Closely Watched Trains
Source: Wikipedia
Closely watched trains (1966), by Jiri Menzel, starring Vaclav Neckar. A stark, expressionist film that focuses on the unsaid, the non-verbal about the trains, those trains, carrying victims to their deaths, while the stationmaster is desperately seeking love.

Forbidden Games (1952), by René Clément, starring Brigitte Fossey. Two children orphaned by an aerial strafing attack on a column of refugees and how the sudden loss of mother and father on a backdrop of war changes their lives forever.

Forbidden Games
Source: Wikipedia
The Train (1964), by John Frankenheimer, starring Burt Lancaster. The ultimate campy film about the August 1, 1944, train bound from Paris for the ERR depot of Nikolsburg which was intercepted by units of the French Resistance outside of Paris near Aulnay sous Bois. Although the film deviates from many aspects of the actual story, it uses the opportunity to celebrate the heroism of railroad workers against the German occupiers and French collaborators. Yes, we see crates stamped with the names of great artists inside box cars. Yes, Rose Valland makes an appearance and she is not spitting in a glass of champagne as you will see her do in the upcoming “Monuments Men” movie. It was a fun ride, an exciting film where one could suspend disbelief and still trust that History had been treated fairly well. Unlike Inglorious Bastards (2009), by Quentin Tarantino, which made no bones or scalps about shirking truth just to have a good time. Ironically, the SS officer played by Michael Fassbender who hunts down Jews was the most compelling and realistic character in this unethical romp through German-occupied France and for that reason, it barely survives the smell test.

The Longest Day, by Andrew Marton and Ken Annakin, starring John Wayne and Richard Burton, one of the best films about the Second World War. You walk out of that film understanding why Germany was on its last legs as a result of the invasion of France on June 6, 1944, better known as D-Day.

Historically accurate? Yes. Why? The filmmakers actually recruited as consultants veterans of D-Day who fought on all sides, including former German senior officers. They did not shy away from grandiosity but this epic film stands out a magisterial blend of humor, sarcasm, downright cruelty and surrealism that only war can deliver to you, cynicism, and strategic errors that cost the lives of countless men—the Saint-Lo incident, for one. One can bet anything that the total budget for the Longest Day did not exceed in real dollars the costs incurred to make the “Monuments Men”. It remains a classic, unlike this upcoming tragicomedy predicated on a historical falsehood, namely that the Nazis were about to blow up the world’s “cultural treasures.”

Say no more.

The jury is unfairly in.

Next time someone makes a movie about the Second World War, realize that it takes talent, good writing, and creativity to tell a tale anchored in TRUTH. And it also takes a tremendous amount of humility and an ego kept in check.

Let the public decide. As we all know, it can be truly fickle and still root for falsehood as long as eye candy is available on a large screen with surround sound and glitzy special effects.

20 January 2014

Teaching about looted art to ten to twelve year olds

Ten years ago, I was invited to teach a workshop in a Jewish Day School outside of Ann Arbor, Michigan. The average age of the students was eleven or twelve years old.

Where to begin? Where to end?

I thought to myself that it was best to adapt to the ways of my hosts and to deliver a message that would appear to be appropriate and simple. Theft is wrong, regardless of who commits it. Buying stolen property is wrong and it’s especially wrong if you are buying stolen property from people who are being victimized because of their faith, their ethnicity, their belief systems, and their lifestyles.

Judge me, call me names, but I dare anyone of you to do what I did.

Sometimes one has to reach for simplicity, even over-simplicity, as long as the outcome is clear and the message is left unscathed.

I leave it to you to judge but someone has to do this. And in this instance, I accepted the job.

Two days well spent with enthusiastic kids who learned about provenance research and how to detect faulty provenances in less than a day. I gave them all the equivalent of a gold star.

Time well spent.